Le féminisme ne se bat pas contre les hommes mais contre une idéologie

par Dorcy Rugamba

Comme toute idéologie, le machisme est une vision globale du monde et des êtres humains. C’est aussi un apprentissage et un conditionnement qui formate les esprits depuis le jeune âge et modèle des comportements chez les hommes comme chez les femmes. C’est pourquoi la tribune lancée par une centaine de femmes dans le journal « Le Monde » pour défendre une liberté masculine d’importuner, n’a rien de surprenant. Il fallait s’y attendre. Comme toute idéologie, qui postule une hiérarchie et une nature différente entre les êtres, le machisme – comme le racisme – a ceci de pervers qu’il contamine aussi bien les victimes que les groupes privilégiés. Nous avons tous, hommes et femmes, baigné dans une culture du viol qui nous a conditionné, à différents degrés, à tolérer et relativiser les violences faites aux femmes.

Dans ce domaine, il n’y a pas de violence mineure, qu’elle soit physique ou symbolique. Tout concourt à asseoir la domination d’un groupe sur un autre. Et cela va de la pub sexiste, au renvoi systématique des femmes à leur corps, au harcèlement de rue jusqu’à l’agression physique caractérisée. Il n’y a pas de petit sexisme comme il n’y pas de petit racisme. Ceux qui militent pour une tolérance de certains comportements masculins sous prétexte que les hommes auraient des pulsion naturelles, appartiennent au même bord idéologique que les phallocrates, que ceux-ci soient libéraux ou puritains. Ceux qui  réclament pour les hommes un droit à un sexisme soft sont tout aussi capables de défendre des violences beaucoup plus extrêmes.

Que Catherine Deneuve, actrice, signe une tribune pour défendre la liberté des hommes à importuner les femmes est tout à fait cohérent au regard de ses prises de position précédentes sur le sujet, parfois pour défendre de véritables prédateurs, comme en 2017 au sujet de l’affaire Polanski, où elle déclarait dans l’émission Quotidien : « …On peut imaginer qu’une jeune femme de 13 ans puisse faire 15, 16 ans. Il ne lui a pas demandé sa carte de visite. Il a toujours aimé les jeunes femmes. J’ai toujours trouvé que le mot de viol avait été excessif »

Que Sophie de Menthon, chef d’entreprise, connue pour des positions très droitières, paraphe la même tribune, cela est tout à fait conforme à sa vision des hommes et du monde. C’est la même personne qui en janvier 2013 disait sur les ondes de RMC et parlant de Nafissatou Diallo après le réglèment judiciaire pour son viol par Dominique Strauss Khan dans un hôtel à New York : « Je me demande, c’est horrible à dire, si ce n’est pas ce qui lui est arrivé de mieux » avant d’ajouter « …il y a des femmes dans la rue, je suis sûre qu’elles ont pensé ça, en disant, j’aimerais moi aussi être femme de chambre dans un Hotel et que ça m’arrive » 

Que Catherine Millet, écrivain, soit à l’initiative d’une telle tribune est tout à fait cohérent avec ses multiples prises de position dans les médias, notamment celle-ci, en décembre dernier sur les ondes de France Culture:  » …Je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée parce que je pourrais témoigner que du viol on s’en remet. »

Mais descendons encore d’un degré, c’est signé Brigitte Lahaie, autre signataire de la fameuse tribune, hier sur les ondes de BFM :  » On peut jouir lors d’un viol »

C’est brutal et surréaliste mais ça donne une indication de la force réactionnaire du système que tentent de renverser les femmes engagées dans la campagne #MeToo pour briser l’omerta et libérer les victimes du déshonneur afin que la honte change de camp. Pourvu qu’elles ne se laissent pas intimider par cette réaction du patriarcat qui avance masqué. Elles accomplissent dans leur lutte une œuvre de civilisation. Leur combat n’instruit pas le procès des hommes.  La campagne #MeToo est aussi une bonne nouvelle pour les hommes car elle bat en brèche une vision caricaturale de l’identité masculine. Nous ne sommes pas des néandertaliens.

Certes nous sommes tous gauches et maladroits, cependant les hommes n’éprouvent aucun besoin irrépressible lié à leur condition masculine de se frotter aux femmes dans les bus, de les coincer entre deux portes pour leur voler un baiser ou de faire des blagues sexistes à longueur de journée. La sexualité est une affaire beaucoup trop belle pour être confondue avec la prédation.

 

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