Les problèmes éthiques que soulève l’esthétique d’EXHIBIT B !

par Dorcy Rugamba

Je propose ici l’intégralité de l’interview que j’ai eu avec la journaliste Sabine Cessou, au sujet de l’exposition EXIHIBIT B de Brett Bailey. Une partie de cet interview a été publiée sur Rue 89. Ici sont également abordés les problèmes éthiques soulevés par l’esthétique même de l’installation. 

Sabine Cessou : Que vous inspire l’exposition Exhibit B de Brett Bailey?
Je l’ai vue en 2012 à Bruxelles. Je m’en souviens comme si c’était hier. Je connais bien les thèmes qu’il traite, c’est un matériel explosif avec une forte charge polémique, qui peut produire le contraire de l’effet recherché au départ.
Exihibit B se présente comme un projet antiraciste. L’idée serait donc, en principe, de démontrer que les races n’existent pas, qu’elles sont une construction identitaire qui remonte à une période donnée. Or, l’exposition de Brett Bailey renforce le concept de race au lieu de l’abolir. Il sélectionne des événements qui ne sont pas de même nature. Il place une femme de ménage noire avec un seau près du cabinet de curiosités du Dr Fischer, l’homme qui a inspiré la politique hygieniste des Nazi, comme s’ils relevaient de la même problématique. Comment les adolescents qui voient cette expo puvent-ils comprendre ? Ce n’est pas possible de mettre un génocide (des peuples hereros et namas en Namibie, ndlr) à côté d’un sans papier ! On produit alors une soupe où le seul lien possible entre ces évènements est qu’ils sont motivés par le racisme anti-noirs.

Or, le problème noir n’est exclusif à aucun des évènements dont parle Exhibit B – à l’exception d’un seul, la traite transatlantique. Les crimes coloniaux ont été commis contre tous les peuples « indigènes » : les Amérindiens qui ont été exterminés à 90%, les Algériens, les Vietnamiens, les Indiens, les Aborigènes … Pourquoi enlever tous ces peuples d’une réflexion sur le colonialisme et ne garder que les peuples noirs ? Si je voulais être polémique, je dirais que Brett Bailey fait une épuration ethnique de l’Histoire ! Et le résultat, c’est qu’on n’y comprend plus rien. Est-ce qu’on peut démonter le racisme sans remettre en question le paradigme blanc-noir ?

S.C : Ne fait-il pas comprendre au spectateur que le nazisme repose sur un très large soubassement historique, celui de la traite et de la violence coloniale ? Une analyse qui relève encore du tabou en Europe et qui n’est enseignée dans aucune faculté ?
Hannah Arendt a fait ce lien entre l’impérialisme colonial et le fascisme, avec un ouvrage, L’impérialisme, le second volume de son oeuvre sur Les origines du totalitarisme, qui n’est pas très souvent cité. Aimé Césaire l’a fait dans Discours sur le colonialisme. Ce lien, on refuse encore de le faire, c’est vrai.

C’est très bien de parler des camps de concentration du Sud-ouest africain mis sur pied  par les Allemands. Les liens qui mènent aux Nazis sont nombreux et étroits. C’est dans les Camps de Namibie que Le Dr Fischer menait ses travaux, qui ont guidé la politique raciale du parti nazi mais également inspiré Hitler durant la rédaction de « Mein Kampf ». C’est le Docteur Fischer qui a formé le Dr Mengele, l’ange de la mort du camp d’Auschwitz. C’est dans les camps de Namibie que les colons allemands ont commencé à immatriculer les déportés. Cette colonie allemande du sud-ouest africain était gouverné par Heinrich Göring, le père d’Herman Göring l’un des plus hauts cadres du régime nazi. Trente ans seulement séparent le génocide des Hereros et des Namas de celui des Juifs et des Tziganes. Les Nazis c’est juste la génération d’après. Brett Bailey fait très bien d’exhumer cette histoire et de la porter à la connaissance de l’opinion.

Ce que je lui reproche, c’est d’exclure d’autres évènements de même nature pour des raisons idéologiques. D’exclure par exemple les premiers camps de concentration construits en Afrique du Sud par des Anglais pour y parquer des Boers pendant les guerres anglo-boers (1880-1902). Bailey n’en parle pas parce qu’ici les victimes sont des Blancs. Ca n’alimente pas sa lecture simpliste de l’histoire. Dans son exposition, Brett Bailey ne peut pas évoquer le Rwanda, puisque là, ce sont des Noirs contre des Noirs.

Traiter comme relevant du même phénomène la violence faite aux sans-papiers et celle de l’esclavage ou d’un peuple exterminé me paraît vraiment… fort de café ! Cela veut dire : « Parce qu’ils sont Noirs, les sans papiers sont expulsés ». Quid des Afghans, des Syriens, des Tunisiens, des Roms ? Dire que des sans papiers sont victimes parce que noirs, c’est tordre un pan de la réalité.  C’est surtout biaiser le débat politique que pose le problème des sans-papiers. Réduire les drames sociaux à leur charge émotionnelle peut toucher beaucoup de gens et convenir aux pouvoirs publics mais à un moment donné ça pose une question de sens. Comment peut-on s’émouvoir d’une violence dont on se félicite par ailleurs ? Mme Pellerin, Ministre de la culture, qui soutient Exhibit B, et donc se désole de l’expulsion musclée des sans-papiers, n’appartient-elle pas au Gouvernement de Manuel Valls qui a fait de la traque des sans-papiers son cheval de bataille ? Pourquoi le sort des sans-papiers serait dû aux préjugés de la société et non au cynisme des hommes politiques qui n’hésitent pas à démembrer des familles. Comme l’a fait François Hollande qui a osé demander à la télévision à une adolescente de choisir entre son école et ses parents ? Pourquoi le sort des migrants serait-il plus dû à une prétendue haine des Blancs contre les Noirs et non pas à la  politique ultra-libérale à laquelle s’est convertie le parti socialiste, et qui affame les pays du sud en leur imposant des traités léonins, condamnant les populations déshéritées à l’exil ? Est-ce le Français moyen qui a négocié les contrats qui permettent à la France d’acheter à vil prix de l’uranium au Niger, de devenir ainsi le leader mondial de l’industrie nucléaire et le Niger l’un des pays les plus pauvres ? Un projet comme Exhibit B permet aux véritables responsables de se défausser sur la population

S.B : Exhibit B revient-elle à fossiliser encore un cliché ?
Je vois là un gros problème de contenu. Tous les identitaires noirs, qu’ils s’appellent Roots, Kémites ou Antinégrophobes en sont au même point que Brett Bailey : ils utilisent un prisme noir pour lire l’Histoire. Dans les deux cas ils essaient de forger une sorte de déterminisme noir. Ils nous font croire que  la race est un moteur de l’histoire. Ou que la haine est un moteur de l’histoire. Ce n’est jamais ça ! Derrière les crimes, il y a toujours des intérêts.

La traite négrière fait partie d’un modèle économique qui a développé des théories raciales pour s’assurer une main d’oeuvre gratuite. Si on cessait d’éblouir les gens, de les étourdir carrément et qu’on montrait les véritables enjeux, on se rendrait compte que certaines questions politiques du moment ne sont pas aussi ridicules qu’on le prétend. Par exemple la question de la réparation, qu’on balaye d’un revers de la main. Si les négriers ne sont plus là pour répondre de leurs actes, qu’en est-il des colossales fortunes amassées durant des siècles ? Où est le trésor de guerre de la Compagnie des Indes orientales ? Dans quels fonds d’investissement ou entreprises florissantes aujourd’hui se trouve cet argent sale et les intérêts qu’il génère depuis. Tous les jours nous voyons des entreprises payer des amendes faramineuses pour avoir violé des règles commerciales. Le viol de règles du commerce est-il plus grave que les crimes contre l’humanité ?

S.C : La polémique autour de cette exposition n’en est-elle que plus absurde? 
Elle tourne sur elle-même avec des arguments qui font que personne, à aucun moment, n’a parlé du fond de l’affaire. A un point qui m’a sidéré ! La question qui est la plus revenue est celle-ci : un Blanc est-il légitime pour parler de ça ?
Brett Bailey ne se défend que de ça. C’est commode. Ce serait bien la première fois qu’on puisse dire qu’un Blanc n’est pas légitime sur ce type de question… Rwanda 94 a été mis en scène par Jacques Delcuvellerie, un Blanc, qui plus est Français, à une époque où les soupçons de complicité de la France avec le pouvoir génocidaire au Rwanda étaient les plus virulents. Jamais personne n’a relevé sa couleur de peau ou sa nationalité, partout où nous sommes allés. Dans le pays même de Brett Bailey, beaucoup d’artistes blancs travaillent sur ces questions sans aucun problème. William Kentridge a travaillé sur le génocide des Hereros sans problèmes. Du temps même de l’apartheid un artiste comme Athol Fugard a travaillé sur le racisme de l’apartheid sans subir le moindre rejet des militants noirs …Au contraire, ils collaboraient

S.C : On ne peut pas comparer l’esprit d’ouverture qui existe dans beaucoup de pays d’Afrique et ce qui se passe à Paris, avec une bataille pour le monopole de la parole légitime contre le racisme ? 
Totalement ! En France, il y a un réel problème de communautés, de compétition victimaire qui créée une tension. On ne veut jamais aborder ces questions que sur le registre de l’affect.
Un crime contre l’humanité, ça veut d’abord dire que le crime concerne tout le monde. Les victimes de la déshumanisation sont les parents de tous les hommes. On ne peut les réhabiliter qu’en les rendant à la pleine humanité. On ne pourrait les sortir symboliquement d’un ghetto si c’est pour les rentrer dans un autre ghetto, fut-il plus beau ! Je ne peux pas me proclamer plus concerné par la traite négrière que vous, par exemple. A quel titre ? A moins de faire valoir la couleur de ma peau, et de me réclamer à mon tour des mêmes arguments que les négriers !… Je ne suis pas plus récipiendaire de l’Histoire que quiconque.
D’une certaine manière, la France récolte ce qu’elle a semé. Elle a voulu empêcher le fait même de parler de son passé colonial. Il y a une sorte de black-out sur ces questions. Dès qu’on en parle, il y a des mots qui surgissent, comme « repentance », « anachronisme », « communautarisme ». Le contexte français est explosif de ce point de vue.

S.C : En va-t-il de même en Belgique ? 
Les crimes de Léopold II au Congo sont passés sous silence,,il existait à Bruxelles jusque très récemment le dernier musée colonial d’Europe, le Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren (en rénovation depuis 2013, ndlr), dont la scénographie était intéressante : on pouvait encore y voir la propagande coloniale dans ses oeuvres. La grande figure paternelle de Leopold II, statufié en philanthrope ou mettant fin à l’esclavage.
Du crime, rien ! L’enjeu autour des archives coloniales belges, qui pourraient ne plus être accessibles aux chercheurs, reste actuel : l’historien congolais Elikia M’Bokolo dit qu’une partie des archives a déjà été détruite.

S.C : Peut-on parler d’un processus de déni en France ?
L’Algérie a beaucoup joué dans le fait que le débat ait été cadenassé. Il implique des groupes, comme les pieds noirs, qu’on ne veut pas froisser pour des raisons électoralistes. La France est dans des calculs, on regarde ce qu’on peut jeter aux uns et aux autres pour calmer les rancoeurs mais dans l’ensemble aucune volonté politique de régler le contentieux colonial.

En Grande-Bretagne par exemple, tout n’est pas parfait, loin de là, mais il existe une volonté et des gestes qui sont sans équivalent par rapport à la France. Le Musée international de l’esclavage à Liverpool  permet d’aborder le sujet non pas furtivement, mais par le biais d’une institution qui reçoit des visiteurs, des familles, des écoliers, des chercheurs…Ce lieu permet aux Afro-Caribéens de voir leur histoire traitée autrement que via des groupes de pression.
En juin 2013, le Gouvernement britannique a indémnisé financièrement les combattants Mau Mau victimes de la torture de la part de l’armée anglaise durant la guerre de l’Indépendance du Kenya. La mesure n’a pas fait l’objet de la moindre polémique en Angleterre. Je vous laisse imaginer l’ambiance qui régnerait en France si un gouvernement de gauche ou de droite acceptait d’indemniser les victimes de la torture en Algérie !

En France au contraire, il y a eu en 2005 cette volonté qui n’est pas anodine de mentionner le « rôle positif de la colonisation » dans un texte de loi. On est loin de ce qui a été fait en Australie, où un Premier ministre a demandé pardon de façon très officielle en 2008 aux Aborigènes. Au Canada, des excuses ont aussi été faites en 2008 aux Inuits et aux enfants des Indiens qui ont été arrachés à leurs parents.

En France, dès qu’un responsable tente une démarche de cet ordre là, comme Jacques Chirac l’avait fait en 1995 avec la rafle du Vel’ d’Hiv, en reconnaissant la responsabilité de la France, on lui tombe dessus… Pleuvent alors des tombereaux d’insultes. Ce climat ne favorise pas un débat serein sur ces sujets. Les gens de bonne foi qui n’ont aucun intérêt à nier ces faits se sentent visés par des communautés qui se livrent une guerre sur le sujet. Le travail de Brett Bailey entre là-dedans. Bailey a voulu parler aux Blancs en faisant en sorte qu’ils ressentent de la honte. A John Mullen qui lui demandait pour quoi il n’y a pas de victimes blanches dans son exposition, Brett Bailey a répondu que « Les Blancs n’ont jamais été déshumanisés d’un tel racisme systématique ». Quelque part, dans la compétition victimaire que se livrent les communautés en France, Bailey prend position et déclare le Noir vainqueur toutes catégories !

S.C : Etes-vous gêné par l’esthétique de l’exposition ? 
Oui, tout est esthétisé comme pour magnifier l’horreur, ça met mal à l’aise. L’artiste est dans une forme de complaisance avec les faits. Les atrocités deviennent des attractions. Les acteurs sont peints en blanc ou en noir. Il y a un choeur de chanteurs namibiens dont la face est enduite d’une peinture noire brillante, qui chante une musique plaintive. On n’est pas loin de l’univers des Minstrel shows. L’exposition se termine sur cette mise en scène de têtes coupées posées sur des plateaux comme des bijoux sur leurs écrins. Je me suis dit : Si Brett Bailey arrive au Rwanda, il va nous faire un établi avec des crânes luisants et des machettes en or incrustées de diamants !

Si je fais une pièce pour condamner le viol et que je l’érotise à mort, j’amène le spectateur à porter sur la victime le même regard que le violeur. La gêne qu’on ressent dans Exhibit B, n’est pas uniquement due au regard que le figurant vous renvoie. On se sent pris dans un geste qui vous salit, qui vous oblige à faire des associations d’idées malsaines ! Quitte à montrer les horreurs, autant qu’elles restent sordides dans leur aspect insupportable.

S.C : Etes-vous d’accord avec les critiques qui reprochent à Bailey de faire encore du zoo humain ?
Je m’interroge. Contrairement à ce qu’on dit, les zoos humains ne se sont pas arrêtés en 1958. Ils existent toujours ! Personnellement j’ai visité un zoo humain en 2002 à Namur. Il avait été organisé par un humanitaire, qui avait amené des « Pygmées » de l’ethnie Baka du Cameroun dans un parc avec des huttes minables et une sorte de ferme où l’on entendait des discours incroyables. Il était dit que ces gens vivent comme il y a 2000 ans, avec sur le mur un tableau de l’évolution qui allait de l’orang-outang à l’homme. Le promoteur ne maîtrisait pas son discours mais prétendait agir pour la bonne cause : construire des écoles au Cameroun, creuser des puits, etc. Ca a fait du bruit et puis l’affaire s’est arrêtée. Un autre opérateur avait exposé l’année précédente des Masaï dans les grottes de Han en Belgique. Nous sommes au XXIe siècle..
Le spectacle le plus célèbre de la grande vogue des zoos humains, le «  Buffalo Bill’s Wild West Show »  tourne toujours. Il est d’ailleurs en programmation en ce moment à Paris, à Eurodisney. On peut aller y voir des Peaux rouges faire la danse de la mort autour du totem, chasser le bison ou agresser une pauvre famille de pionniers américains !

En fait la seule chose qui a changé avec les zoo humains, c’est leur justification. On prétend aujourd’hui les faire pour de nobles causes. On peut questionner l’acte de Bailey : il fait de l’antiracisme mais en utilisant des méthodes de profiling racial. Au Rwanda, on a créé des catégories identitaires sur des mesures de taille, de nez etc. Quand j’ai vu l’expo à Bruxelles j’ai vu des gens qui répondaient à des morphotypes de la caricature coloniale. Ca m’a interpellé : comment peut-on faire du racisme pour combattre le racisme ?

S.C : Qu’avez-vous personnellement ressenti en sortant d’Exhibit B ?
Je n’ai pas pu être touché. Je suis sorti abasourdi. Comment est-ce possible de faire ça aujourd’hui et que ça passe ? Le spectacle devient le contraire de ce qu’il prétend annoncer, il enfonce beaucoup plus les préjugés qu’il ne les libère. Quand j’ai vu l’exposition à Bruxelles, j’ai été frappé par la morphologie du modèle qui jouait la Vénus hottentot – qui était physiquement dans les critères d’une femme callypige (aux fortes fesses, ndlr). Dans le tableau des Pygmées, les acteurs/performeurs faisaient un mètre cinquante. Je me suis dit : Hmmm ! Même les « Pygmées » de Namur étaient plus grands…
Est-ce qu’on peut encore refaire ça aujourd’hui ? Peut-on sélectionner des Juifs dans une exposition qui dénonce la Shoah sur des traits physiques que leur attribuent les antisémites ? On m’a dit que Bailey a changé ses méthodes de casting à Paris. Si c’est le cas, ça veut dire que lui même commence à se poser des questions.

On est dans des problèmes éthiques fondamentaux. Je comprends quand on dit « Toute licence en art ». Ok, en même temps, l’art n’est pas une religion et nous ne sommes pas en théocratie. Celui qui conteste une oeuvre d’art ne commet pas un blasphème. Tout ce qui se dotera du label « art » sera-t-il légitime ? Mais alors, qu’est ce qui empêchera demain un metteur en scène d’exhiber des affamés pour combattre la malnutrition ? Exhibit B n’est pas le seul spectacle en cause. C’est plutôt même un mouvement qu’on observe depuis plusieurs années. Beaucoup de créateurs des arts vivants et même au cinema, commencent tranquillement à remplacer le personnage par l’individu. Il y a des projets sur le viol qui se sont faits avec des femmes réellement violées. Sur certains sujets comme le génocide, certains metteurs en scène veulent avoir de véritables victimes pour incarner les rôles. Tout ça n’est pas fortuit, c’est une évolution des arts et des publics. Nous sommes à l’époque du Reality Show, l’interprète s’efface doucement devant le spécimen authentique. C’est légitime de se poser la question des limites, sinon bientôt on verra de véritables assassins jouer les héros de la tragédie !

S.C : Etes-vous en accord avec le Collectif contre Exhibit B?
Je n’adhère pas aux revendications identitaires mais je peux comprendre les inquiétudes sur l’éthique. Je vais toujours voir les spectacles qui font polémique, en général je n’y trouve rien à redire mais en deux cas j’ai trouvé que la démarche posait vraiment des problèmes d’ordre éthique qui méritent d’être soulevés  : Exhibit B et l’expo Our Body d’un Allemand qui fait de la plastination —  un procédé qui consiste à prendre des cadavres, les vider de leur sang et garder le même volume en plastinant les muscles. On y voit le corps humain traité comme de la vulgaire viande. « L’artiste » avait découpé certains corps en faisceaux de lamelles pour en faire des bouquets, un corps est découpé en rondelles comme un saucisson et s’étale sur 6 metres, on peut voir des embryons humains sur tous les stades de l’embryogenèse, des corps écorchés sont mis à nu jouant aux cartes. Si on peut désacraliser le corps humain, le chosifier pour les besoins de l’art, où est le sacré ? Où est la limite ? Sommes nous prêts à vivre dans une société sans tabous ?

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