Market Place 2

par Dorcy Rugamba

La VOIX du PRÉSENTATEUR : Aux auditeurs qui nous ont rejoint en cours d’émission, je rappelle que vous suivez l’émission Controverses consacrée à la crise mondiale,  vous venez d’entendre l’intervention du professeur Louis Lafleur,  célèbre théoricien de la décroissance qui vient de publier un livre polémique dont on a beaucoup parlé « Vive la Crise » aux Editions « Cassandre ». Avant de passer la parole à Monsieur Paul Henri René Marsan, le Président du parti « Chacun chez soi » qui piaffe d’impatience de répondre à Lafleur, écoutons d’abord le bulletin d’info de la mi-journée

musique du générique

LA JOURNALISTE : Consommation. Pas de crise pour les achats en France. Les dépenses des ménages ont augmenté de 0,7 % ce mois-ci grâce à la prime à la casse. C’est une spécificité française : la consommation des ménages est un moteur exceptionnel pour notre économie. Et les derniers chiffres de l’Insee, publiés hier, démontrent une fois de plus que même en période de crise, les ménages français consomment. Selon le dernier relevé, la consommation a progressé de 0,7 %. Une hausse qui intervient après une progression de 0,6 %. Inattendue, cette bonne nouvelle a surpris tous les économistes qui tablaient sur une baisse de 0,1 %. « Cette résistance confirme néanmoins que les consommateurs français n’ont pas déposé les armes », affirme Marc Touati, économiste chez Global Equities/Flash musical/Amérique latine. Au Pérou, Le gouvernement péruvien a fait marche arrière devant la révolte des Indiens en retirant les deux décrets qui accordaient des licences  aux compagnies pétrolières pour exploiter des hydrocarbures en Amazonie. Les premiers habitants de la forêt ont bloqué pendant deux mois les routes et les rivières pour protester contre ces décrets, jusqu’à l’escalade du 5 juin dernier. La police avait tiré sur les manifestants, tuant au moins neuf civils, et perdant 24 hommes, certains touchés par des flèches. Selon les leaders indigènes, 30 Indiens ont été tués, mais la police aurait caché leurs corps. Le Président Bolivien Evo Morales a qualifié ce qui s’est passé au Pérou de génocide contre les Indiens/Flash musical/ En Afrique, le Sénégal vient de céder à une société agricole chinoise 60 000 hectares pour cultiver du sésame. En échange, les Chinois apprendront aux paysans sénégalais à obtenir deux récoltes de riz par an/Flash musical/ Ecologie : L’année passée, à l’échelle de la planète, ce sont près de 8 milliards de tonnes de CO2 qui ont été émises dans l’atmosphère du fait des activités humaines. Les Français y ont contribué à hauteur de 6,9 tonnes de CO2 par habitant. Peut « moins » faire/Flash musical/ Fait divers. Un mois après sa mise en vente en France, le laboratoire GlaxoSmithKline indique avoir vendu le médicament pour maigrir Alli  à 155.900 personnes, pour une somme totale de 7,7 millions d’euros, rapporte le Parisien. Nathalie Rayan, une jeune américaine de 23 ans a récemment mis en vente sa virginité chez un commissaire priseur, les enchères sont montées jusqu’à 3 millions 800 mille dollars…

LE PRÉSENTATEUR : Quand je pense à toutes les Ginettes qui se font déflorer gratuitement par des beaux parleurs…je te jure , les Françaises sont connes, elles sont co..

LA JOURNALISTE : Bertrand nous sommes à l’antenne

LE PRÉSENTATEUR : Oh putain

Générique de la fin du bulletin d’info

LE PRÉSENTATEUR : Nous voici de retour à l’émission controverses consacrée à la crise mondiale, la parole à vous Mr Marsan, trouvez-vous réalisable, envisageable ou souhaitable la solution proposés par le Pr  Lafleur  pour venir à bout de la crise, à savoir sortir de la société de consommation pour une société de partage entre les hommes ?

La voix de Marsan contient les flammes d’un homme en colère. Il appuie ses phrases comme autant de poings envoyés à l’adversaire. Au bout d’une écoute attentive, l’homme dans son fauteuil éclate. Cette fois c’est lui qui attrape le fou rire. Il regarde de temps en temps la femme comme pour s’excuser mais plus il la regarde plus il repart de plus belle

MARSAN : Je trouve à la fois pathétiques et dangereux les propos de ce Monsieur. C’est quand même incroyable d’entendre un tel plaidoyer pour la misère et le sous-développement sur les ondes d’une radio publique. C’est un scandale ! Nous venons d’assister en direct pendant dix minutes interminables à la condamnation définitive du progrès. Nous avons derrière nous six mille ans d’histoire, nous vivons une époque de découvertes et d’inventions extraordinaires, nous sommes à l’aube d’un nouveau siècle et d’un nouveau millénaire mais il y a toujours assez de fous, de doux dingues et de charlatans dans le monde pour penser qu’on peut encore arrêter le temps. Le train est en marche,  Monsieur Lafleur, et ceux qui ne sont pas à l’heure restent sur le quai c’est comme ça depuis la préhistoire. Tous les hommes et tous les peuples ne sont pas nécessairement faits pour être à l’avant-garde du progrès. C’est ainsi, il n’y a pas à le déplorer ni à se répandre en considérations morales comme vous tentez de l’imposer avec votre binôme manichéen du bon sauvage et de l’horrible civilisé.  C’est du resucé Lafleur, essayez de vous renouveler, oubliez Montaigne et Rousseau, marchez au pas du siècle. Nous vivons une époque merveilleuse, cybernétique, l’information circule sans entraves en empruntant tous les canaux du multimédia. La science et le savoir n’ont jamais étés aussi bon marché. Le numérique a mis la technologie à la portée de toutes les bourses. Les cartes sont rebattus Lafleur, tous les hommes et c’est une première dans l’histoire possèdent aujourd’hui une égalité de chances. De nouveaux empires naissent sous nos yeux, d’autres vacillent et sombrent dans la nuit. Chers auditeurs, les abîmes nous tendent les bras si nous suivons les théories climatistes et défaitistes de Lafleur et des Bobos bien pensants qui nous coupent l’appétit depuis des années. ASSEZ. Les Chinois, les Indiens, les Brésiliens, les Russes et les Iraniens ne rêvent que de ça pour nous piquer notre place…Il faut préserver la merveilleuse nature, nous dit Lafleur, contre l’action néfaste de l’homme, mais surtout de l’homme occidental, du Blanc pour tout dire, dont l’arrogante prospérité menace la Terre de cataclysmes dignes de l’Ancien Testament ! Ben voyons, le souffle lyrique de Lafleur masque mal son projet, le procès inquisitorial de l’homme blanc, qu’il faut désormais, c’est très à la mode, accabler de tous les maux ! Le mal c’est vous chers  auditeurs. C’est vous, c’est moi, ce sont tous ceux qui mangent à leurs faim qui se trouvent aujourd’hui traînés dans le box. Nous avons le tort impardonnable d’être dans le wagon de tête du train qui mène le monde. Après avoir sali et dénaturé notre histoire vue comme une épopée barbare de massacres et de pillages, les procureurs de l’Occident s’attaquent maintenant à notre mode de vie. C’est-à-dire aux bases mêmes de notre culture. C’est la Civilisation elle-même qui est ici attaquée. On déifie une nature sauvage, en oubliant que c’est contre la nature que l’homme s’est hissé au dessus des animaux. En la pliant cette nature à son bon vouloir. On dénonce le commerce et le marché en nous faisant miroiter une société du partage. Quelle blague ! Depuis la haute Antiquité les hommes commercent et vivent d’échanges entre eux. C’est ce qui a permis aux sociétés organisées de créer de la richesse et du bien-être. A l’homme de vaincre la fatalité et la loi des éléments. De dompter la nature menaçante et se construire des abris sûrs. De venir à bout des fatalités liées à la famine et aux maladies. De permettre aux hommes d’aujourd’hui d’avoir une espérance de vie deux fois supérieure à celle de nos aïeuls et aujourd’hui qu’est-ce qu’on nous serine à longueur de journée ? Que ce formidable acquis de la civilisation ne serait que régression et décadence, hein ! Faut-il au profit de je ne sais quelles lunes retourner à l’âge de la pierre ? Vivre comme des Africains dont l’espérance de vie dépasse rarement 40 ans ? Sur un continent où un homme sur trois meurt à la naissance ? Où les solidarités claniques dont Lafleur se fait le chantre ont empêché l’émergence des nations où le Sida ravage des contrées entières où les hommes sont en butte aux  catastrophes de toutes sorte sans qu’ils puissent leur opposer un quelconque remède, une quelconque technologie ? Si les Africains préfèrent la sieste à la vie active Inch’Allah, ce sont leurs oignons. Si les Indiens d’Amazonie préfèrent la jungle à la ville, c’est très bien ! Après tout on ne va pas forcer les Indiens à s’habiller, à s’instruire, à se soigner, à commercer avec le monde ! Non mais c’est vrai, le gouvernement péruvien a raison de reculer. Ils ne vont quand même pas développer les Indiens de force. Au prix d’une guerre, avec le risque en prime d’être accusé par ce maboul de Bolivie d’avoir commis un génocide contre les Indigènes. Lafleur et les misérables qu’il défend à défaut de se mettre à l’heure du monde en sont venus à maudire la richesse et la prospérité. Riche égale mauvais ! Riche égale coupable ! Voici le procès stalinien qu’on nous intente. Dès qu’un homme riche approche une fourchette garnie de sa bouche, la main tremble. Il se met à fixer la motte de riz qu’il s’apprête à avaler et cherche alentour si quelqu’un peut le rassurer aïe aïe ce riz n’est-il pas trop bon pour être honnête ? Combien de marais a-t-il asséché pour être aussi délicieux ? N’est-il pas responsable ce riz de la misère dans le monde ? Combien de grains sur cette fournée reviennent au paysan du sud qui l’a cultivé ? Est-ce du riz naturel cultivé sans pesticides sans engrais chimiques sans colorants décolorants conservateurs adjuvants ? Combien de sous ai-je donné à l’ Unicef pour s’occuper des enfants dans le monde ?  MAIS ON S’EN FOUT DES ENFANTS PATATE MANGE METS TOI BIEN PLEIN LA GUEULE C’EST COMME CA DEPUIS LA NUIT DES TEMPS IL Y A CEUX QUI MANGENT ET LES AUTRES MANGE ET FOUS LEUR UN DOIT D’HONNEUR AUX PAUVRES AUX NOIRS AUX GAMINS AUX PAYSANS D’ON NE SAIS SOUS QUELS TROPIQUES AU DERNIER DES MOHICANS QUI SARCLE À LA HOUE DES CHAMPS DE COCA DANS LES ANDES BEN QU’IL CRÈVE IL L’A CHERCHÉ ALLONS NOUS TOUS NOUS METTRE À MANGER DU QUINOA POUR SAUVER DE L’EXTINCTION UN PEUPLE ÉTEINT DEPUIS DES SIÈCLES ? Non mais c’est vrai devons nous tous pour sauver la planète porter des ponchos en laine de Lama cousus à la main a la main vous vous rendez compte au XXIè siècle mais qu’est-ce qu’ils ont contre la machine les indigènes …laisse-moi te dire Sitting Bull tu ne peux rien contre la machine rien du tout toute cette rage que tu ne cesse de sécréter contre elle ce n’est que du beurre vieille peau tu m’entends Sitting de la graisse du fuel pour la bête car elle carbure à ça l’intrépide aujourd’hui à toutes vapeurs à la rage la tienne aux pleurs aux plaintes des Squaw aux cris d’orfraie devant le recul de la forêt aux peurs primales de la fin des temps à la mauvaise conscience des bourgeois bohèmes autant de marchés prometteurs de causes et des slogans porteurs dont elle raffole la grande ta haine et ta hargne ravissent les marchands Cochise tu peux crever Jo l’Indien il n’y a pas assez de place à table pour tout le monde alors remballe tes pipeaux ton banjo ton miel de montagne et tes ponchos bariolés c’est sympa mais très laid va chanter Guantanamera sur le lac Titicaca ou dans le désert d’Atacama où tu veux mais de grâce laisse nous manger en paix…Mets tes pendule à l’heure Lafleur tu peux crier tant que tu veux, la machine est lancée. Le marchand a muté, ce n’est plus le vil trafiquant qu’hier encore tu pouvais mépriser. Aujourd’hui c’est lui le Boss. C’est lui le maître des voiles, tu m’entends sale fleur ? Il souffles et tu tournes, tu tournes pour lui. C’est fini le commerce de papa mauvaise graine ! Le marchand chef  n’écoule plus de la vile camelote mais du prêt à penser. C’est lui qui lance les idées à la mode. Il peut tout acheter et tout revendre. Il peut s’offrir ta gueule sur un plateau de télé, se payer ton savoir inutile et en faire du fric. C’est lui le vent qui tourne ton moulin. A ta santé Lafleur, au succès de ton livre, au marché de l’édition, à ……clac

La femme de ménage s’est saisie de la télécommande et vient d’éteindre la radio. On n’entend plus que l’homme qui se tord de rire en se roulant sur le sol immaculé de la pièce

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