le purgatoire africain

par Dorcy Rugamba

Le 25 août dernier, le journal Libération révélait l’existence d’un accord secret entre la France et le CNT. Dans une lettre datant de plusieurs mois, les « rebelles » promettent d’accorder 35% du brut libyen à la France. Naturellement, les autorités françaises se sont empressées de démentir un tel accord. Si la France s’est engagée auprès des rebelles libyens assure l’Elysée, c’est pour venir en aide à un peuple en danger de mort, au nom de la conscience universelle qui ne peut tolérer de tels crimes etc.

Le peuple libyen s’est soulevé pour renverser un tyran. A l’arrivée, il se retrouve entre les mains d’un pouvoir collabo, qui brade avant même de l’avoir conquis et sans aucune concertation populaire, le pays et ses parts de marché.

Le 1è septembre se tenait à Paris, la réunion des « Amis de la Libye ». Une sorte de St Nicolas des vainqueurs auxquels l’Afrique du Sud a refusé de se joindre – signe. Tous les « amis » du « peuple libyen » sont repartis la mine enjouée, la foi renouvelée dans l’aspiration des peuples à la démocratie et surtout -mais c’est accessoire, on nous l’assure – les poches pleines de contrats juteux pour la reconstruction d’un pays qu’ils ont contribué à détruire.

Comment comprendre qu’une jeunesse éduquée, déterminée à payer pour la liberté le prix du sang, se soit fait subtiliser aussi facilement un pays qu’elle commençait à conquérir ? Ça parait incroyable mais ce serait oublier cette spécificité de l’Afrique. La société libyenne comme beaucoup d’autres en Afrique, est minée par le tribalisme. C’est une aubaine pour les tyrans et les colons. C’est ce qui a permis à Kadhafi de se maintenir au pouvoir pendant quarante ans en favorisant les siens et les tribus alliées contre le reste du pays. Il a suffi aux nations coalisées de l’Otan de jouer la même carte, en soutenant sans réserve les tribus rivales aux Gueddafis – avec lesquels ils faisaient des affaires jusque là – pour que le gâteau libyen leur retombe dans la gueule.

La victoire de « la démocratie  » sent déjà le souffre et le sang bon marché de la vindicte populaire pour beaucoup de Libyens. Des lynchages anti-toubous et anti-noirs ont été dénoncés par Amnesty International depuis le début de la guerre dans les villes rebelles de Bengazhi et Misrata. Aujourd’hui à Tripoli, selon la même organisation des exactions se poursuivent et s’étendent aux Guedaffi et aux Touaregs.

Et il faut appeler ça une révolution ?


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