métaphysique de la haine

par Dorcy Rugamba

Le petit parlait lentement, un paquet après l’autre. Un voile de bave humectait ses lèvres, il était heureux et ça se voyait. Tout à son plaidoyer, son visage n’était plus qu’un souffle. Les yeux mi-clos, perdu en lui-même quelque part, ses joues poupons ressemblaient à une eau douce mais les nerfs de son cou et ses poings serrés faisaient penser à une mer agitée. De temps en temps, ses yeux jetaient des éclairs de désir, ou qui sait, d’une sourde jouissance.

Pourvu qu’il nous arrive un malheur disait-il. Oui pourvu qu’il nous arrive un drame, que nous poursuivions celui par qui le malheur arrive d’un magistral courroux. Notre vie ne serait plus qu’étreintes. Nos phalanges engourdies de tenir la charrue trouveraient meilleur usage sur le pommeau d’une bonne lame. Nos ongles atrophiées se remettraient à pousser. Etendez les bras, écartez les doigts, sentez les donc ces ongles oisifs comme ils aimeraient plonger dans la chair nue. Corps à corps et baisers brûlants, morsure, extase enfin, la haine seule, mouvement perpétuel qui survit à la mort, enjambe l’être honni, pour combler sa descendance de soins infinis. Qu’elle est puissante cette passion qui se transmet, qu’on lègue à ses enfants, quand l’amour s’éteint, vire en mélancolie, abêtit l’esprit.  Passons notre vie à nous haïr mes amis et notre enthousiasme sera sans fin. Que reste-t-il à l’homme, quand il a tout perdu, sinon sa haine sans bornes envers les autres. C’est ce qui maintient les misérables en vie. Les plus affamés étant capables de détester l’humanité toute entière. Ah que je les envie, n’est-ce pas là l’expression la plus aboutie de la puissance ? Se les faire tous !

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