le purgatoire belge

par Dorcy Rugamba

Il y a trois ans, à l’invitation du Théâtre Royal Flamand, j’avais écrit ce billet sur la Belgique, un plat pays qui n’est pas le mien mais que j’adore. Depuis, la Belgique a battu le record du monde de la plus longue crise politique, laissant loin derrière l’Irak et ses 249 jours, et pan ! Le 13 juin, elle a franchi, sans perche,  la barre psychologique d’une année « sans gouvernement », et repan ! La crise actuelle est partie pour entrer dans la légende, bien malin qui peut dire combien de temps ça peut durer. La seule limite envisageable à ce jeu de la barbichette, serait qu’après les informateur-formateur-négociateur-rassembleur-séparateur-extincteur-équarrisseur, le Roi ayant épuisé tous les adjectifs du vocabulaire français,  finisse par nommer un entremetteur entre Bart De Waver et Elio di Rupo et que ça déride tout le monde. Ne riez pas, ceci n’est pas une blague !  Mine de rien, les Belges sont en train d’expérimenter quelque chose d’inédit. Si seulement il y avait moyen de savoir ce que c’est ! Et si en ce début de siècle, les Belges étaient les premiers à prendre la politique pour ce qu’elle est réellement devenue : un grand barnum avec des montreurs, des prestidigitateurs et des cracheurs de feu,  sans autre pouvoir qu’un pouvoir d’illusion ! Et si le pays de Magritte, d’Ensor et Delvaux, qui compte déjà six gouvernements, sept parlements et plus de soixante ministres, était en train d’inventer le surréalisme politique ? Et si ..et si après tant de décisions qui ont mené le pays dans l’impasse, les politiciens belges avaient décidé de ne pas décider ? 


« Je ne vois que trois issues possibles pour l’avenir de la Belgique : le paradis, le purgatoire ou l’enfer. Le paradis coûtera moins cher mais prendra beaucoup de temps. L’enfer prendra moins de temps à se mettre en place mais coûtera les yeux de la tête tandis que le purgatoire est à la fois très long et très onéreux.

Un semblant de paradis en Belgique, serait que les Francophones et les Flamands réalisent que leur sort est lié. Ensemble, ils pourraient venir à bout de leurs problèmes les plus cruciaux ; vous avez des bras, nous avons du boulot, faisons du troc. Tout le temps précieux et le fric fou gaspillés à gérer les problèmes communautaires, seraient consacrés à l’éducation, la culture et les programmes sociaux pour garantir à la Belgique un avenir radieux, une grande prospérité et une paix durable.

Seulement voila, on ne s’amuse pas autant au paradis qu’en enfer, c’est bien connu. La paix et la concorde entre les hommes n’excitent pas vraiment l’animal politique, qui à vrai dire est une bête de cirque ! On aurait tort de négliger la fonction jouissive des postures politiques. Pensez donc, que ferait-on en temps de paix de tous ces tribuns wallons, bruxellois et fouronnais qui ont bâti leurs carrières politiques sur la castagne avec les Flamands ? De quoi parleraient tous ces journalistes politiques qui sont devenus des chroniqueurs de boxe ? Et toute cette génération de brillants politiciens flamands dont la politique depuis des décennies a constitué pour l’essentiel à la démolition de l’Etat belge ? Sur qui vont ils taper si les Belges décident que « l’union fait la force »? Tous au chômage ?

Par contre il y a du boulot et de l’adrénaline pour tout le monde en enfer. « België barst » on trépigne « Que la Belgique crève » crie-t-on déjà avant le coup d’envoi. La proposition a le mérite d’être claire et à portée de main. Pas de temps à perdre en négociations interminables, on peut tout de suite consommer.

On pourrait par exemple pour crever la Belgique pour de bon, bâtir un mur sur la ligne linguistique. Un mur infranchissable surmonté de miradors avec des rampes où s’agripper. On l’escaladera les jours de fête pour aller cracher de l’autre côté du mur linguistique toute sa haine contre les Flamands ou les Wallons. A défaut de réduire le déficit de la sécurité sociale, ça pourrait soulager pas mal des névroses. Quand aux Bruxellois, Zinnekes et autres bâtards nés d’amours canailles entre francophones et flammands, je propose une garde alternée comme dans tous les mariages où l’amour s’est barré. Une semaine sur deux, ils auront la nationalité flamande, l’autre semaine, ils seront wallons. Lorsque les Bruxellois seront à la charge des Wallons, je propose que les Flamands les traitent comme des sans-papiers. Que la police les traque comme du gibier. Que leurs enfants soient retirés des écoles et des plaines de jeux et foutus en taule. Au petit matin qu’on les entrave de chaines aux chevilles et aux poignets pour les balancer de l’autre côté du mur. DEHORS LES ÉTRANGERS !

Quant au purgatoire, inutile d’en parler, nous y sommes. Une gestion interminable, que dis-je, éternelle des conflits tribaux en Belgique. On peut comparer le Purgatoire en Belgique à une torture raffinée où le bourreau prend tout son temps. Gourmets les Belges ! »

D.R

KVS Express – mars 2008

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