kadish pour l’Afrique

par Dorcy Rugamba

Drapée de mousseline, l’élue se balance, vaporeuse au dessus des abîmes, dieux qu’elle est belle toute fardée de chaux, toute corsetée d’innocence, canines limées, dieux comme elle danse, comme elle roule ses billes au son des vivats, HOURRA comme elle gigote là haut, HOURRA, si joliment pendue, HOURRA, hosannah aux plus haut des cieux ! Holà du haut des tours, comme vous sentez si bon la naphtaline mes frères, tout immortels là haut, aux mats, aux cintres, aux crochets de musée, au garde à vous, au masque perlant de cauris, VIVATS, au milieu des étals quelle tête, la barbe quelle tête vous faites, VIVATS, quelle fente au milieu de la tempe, salut aux morts, diables comme elle danse, câline, comme elle se tord, se tortille, se poudroie de nacre, Kaddish ! Rhaa, arrière saloperie, ouste répugnante bestiole tiens, de la lèpre pour tes lippes tiens, de la scarlatine paf, crève pouilleuse, crève dans tes hardes, dans ta solide camisole, voici pour ta panse et tes lourdes mamelles et tes palmes rouges, du mercure, bois, rince ta bouche aphteuse, bois cette tourbe gorgée de tripes et de merde, mire toi la tasse dans la vase de tes rots, bois, lave ta sale gueule de momie, épouse le rivage, voici la mer voici des radeaux dans la rade vogue tiens, des vivres pour la route, des clous, des crachats pour ta bouille d’ange ptuah, des copeaux qui voltigent, de la morve, d’énormes matrones aux regards ahuris hou, des crânes d’hosties rondes sur des échasses, des coups, des baffes, des croque – merles, des ventres mous, crève de mort affreuse oui, de ta stridente musique de la fin des temps qu’on en finisse oui vas-y, de grâce oui crève, crève pour de bon, voici pour te bercer l’aboiement des veuves, voici pour tes ripailles des têtards aux ventres tambours où jouer ta marche funèbre oui crève et qu’on en finisse de ta séringuante flûte, de ta lourde et balourde viole qui gambe par les monts, de perte, de perdition, de folie furieuse, de honte indicible, de saupoudreux ennui, de transe, d’avoir longtemps rampé, de t’être esquinté l’échelle à chérir les lois, par monts, sans répit, bois, ta sueur, bois, ton suc acide, bois, ton sang qui gicle en geyser, voici ta gloire à l’orée, déjà, ton fleuve majestueux qui torsade au firmament, VICTOIRE, quel toupet, quelle gicle, quel flot de bonne gicle bien chaude qui fuse en spirale, VICTOIRE, le veau se meurt de vrai, de mort violente et patronnesse, meurs chouchou, meurs chéri, meurs mon doudou ma douce mon binet, crève doudouce de mort atroce, de mort cruelle, de mort certaine et féconde et qu’on en finisse une fois pour toutes oui meurs gentille, dors mon ange, claque en apothéose, en feux flammes d’artifice, en éclat mon guerrier de côtes de manches qui volent ma belle viens caresser mon petit le vieux Gondoli, nyamakwa nyamakwa qu’on en finisse une bonne fois pour toutes VICTOIRE, bientôt la grêle et le froid qui gourd les oreilles pour te souffler des contes imbéciles cendres, écoute, gave toi le ventre d’écume et de houle, courage ce sera bientôt fini, contemple le crépuscule radieux de nos fantasmes, crème épaisse de lourdes rimes, de gros caillot, cerceaux d’allures et de poses de petits marlous, hé, plonge dans la glaise albugluesque de nos forfaits, regarde ton œuvre qui cuit, sens la crève, sens le fumet salé des corps déments, ta gloire perle déjà VICTOIRE, carnaval étoile de songes qui brûle d’en découdre famine, va mon amour au ruisseau sceller ton sort à la vue, vois ce limon qui charrie des corps démembrés, regarde chouchou ces morts vivants qui zèbrent la rue, tourne la tête, mate dans l’ombre ces mômes aux mires caves, c’est demain déjà, contemple ton avenir qui démarre les pieds dans la tombe, tends l’oreille ah, écoute ton hymne, écoute le son mélodieux de la hache qui siffle et qui cogne oh, regarde les copeaux de fémur voler comme des elfes VICTOIRE, écoute le Styx qui ronfle, qui moud la sainte journée de méchantes amertumes, torrent de cadavres d’hommes et de chiens, repère de brigands, litière cerclé de pourpre, bouquet de fléaux, mille et une nuit blanche de vies noires de tourments, magma de chairs et de bris, crasse qui suinte de poux, de pus, de ne plus en pouvoir, de petite et grande laideur, de sombres affaires, cortège de larmes sonores, cris obscènes de coups secs, de hurlements, de ricanements d’hyènes, de ricanements tout court ah misère, ah famine qui s’énerve, qui n’en peut plus, qui crève d’en finir, d’en venir aux armes s’il le faut rhaa et puis merde à la fin, au mur scélérats, en face cannibales, tous dans la lunette qu’on vous limace, monstres marins, monstres à bedaines, monstres à crochets, aux étals tous tels que vous êtes, aurore écarlate, sève salpêtre oui, salve semeuse, salve sésame, salve accoucheuse, salve alchimistrale et plantureuse, foyer de mèches qui brillent de mille fièvres qui traînent nous entraînent de vrille en délires de rimes en dérives, reptile amiral qui court de cave en cave, qui gonfle, qui bulle, qui bout, qui sourd sa mère, GORGE, gorge canon, BOUCHE, bouche boulet, LANGUE, lave incendiaire, VENTRE, Vésuve de bile, de bave, de pisse, de morve, de larmes de sueur, de sperme et de sang !

in « Bloody Niggers »
D.Rugamba

Publicités